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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/155

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à deux lieues de la ville cerner la maison d’Antoine Kim. Au bruit de leur prochaine arrivée, toute la famille avait pris la fuite, à l’exception des deux sœurs d’Antoine, et d’un petit enfant de trois ans que les soldats remirent au chef de quartier. L’aînée des deux sœurs, qui s’appelait Colombe, était âgée de vingt-six ans, et l’autre en avait vingt-quatre. On les conduisit au directeur de la police qui n’épargna ni exhortations ni promesses pour les décider à l’apostasie, mais il n’obtint que des refus. Alors il les lit frapper à coups de bâton sur les épaules, sur les coudes et les genoux ; à cinq reprises, il leur fit donner la question sur les jambes : les os ployaient et ne rompaient pas. Au milieu de leur supplice, elles étaient comme inondées d’une joie toute céleste, elles ne jetaient ni cris ni soupirs ; ce n’était pas même à haute voix, comme les autres confesseurs, qu’elles prononçaient les doux noms de Jésus et de Marie, pratique qui fait frémir de rage les satellites et leurs mandarins ; elles priaient en silence, et s’entretenaient intérieurement avec notre divin Sauveur.

« Le mandarin, attribuant à la vertu d’un charme une aussi admirable constance, leur fit écrire sur le dos quelques caractères antimagiques ; puis on les perça, par son ordre, de treize coups d’alênes rougies au feu. Elles demeurèrent comme impassibles. Alors le mandarin leur ayant demandé pourquoi, à leur âge, elles n’avaient pas encore fait le choix d’un époux. Colombe lui répondit avec une noble simplicité qu’aux yeux des chrétiens la virginité était un état plus parfait, et qu’elles l’avaient embrassé pour être plus agréables à Dieu. C’était la première fois qu’une pareille déclaration était faite ainsi publiquement, car les vierges chrétiennes arrêtées dans les persécutions précédentes avaient toujours éludé ces questions et allégué différents prétextes.

« Pour leur ravir ce trésor de la pureté, auquel elles attachaient un si haut prix, ce juge infâme les fit dépouiller de tous leurs vêtements, et fustiger en cet état par les satellites, qui ne cessaient de vomir contre elles les injures les plus grossières et les plus sales que l’enfer puisse mettre dans la bouche de ses démons. Puis il ordonna de les jeter toutes nues dans la prison des forçats, et de les livrer à toutes leurs insultes. Mais le céleste Époux des âmes vint à leur secours ; il les couvrit de sa grâce comme d’un vêtement, et les anima tout à coup d’une puissance surhumaine, de sorte que chacune d’elles était plus forte que dix hommes à la fois. Les vierges de Jésus-Christ, nouvelles Agnès, nouvelles Bibiane, restèrent ainsi, deux jours durant, au milieu des plus insignes malfaiteurs, qui, subjugués par un ascendant mystérieux,