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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/144

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puis deux escouades de satellites de la droite et de la gauche[1] se portèrent aux maisons de Damien Nam et d’Augustin Ni. Damien et sa famille, extrêmement fatigués de l’affluence des chrétiens pendant les deux jours précédents, avaient négligé de faire porter en lieu sûr les ornements épiscopaux, comme je l’avais commandé en partant. Ils étaient déjà couchés, quand ils furent réveillés en sursaut par le bruit des satellites. La belle-sœur de Damien se sauva par une porte de derrière, avec son fils âgé de huit ans, et une couturière, et se rendit chez Augustin Ni, où les satellites, arrivant peu après, les saisirent aussi. Tous les membres de ces deux familles furent arrêtés ; l’ornement de l’évêque, un bréviaire et la mitre simple tombèrent entre les mains des satellites. Cette mitre, tissue et brodée en argent, leur parut la huitième merveille du monde ; ils l’estimèrent 500 taëls coréens, environ 1,280 francs de notre monnaie. Une vingtaine de personnes furent donc déposées à la prison, et les arrestations continuèrent les jours suivants.

« Je dois ici dire quelques mots des principaux prisonniers. Damien Nam Moun-hou descendait d’une famille noble, bien connue dans le pays. Avant sa conversion, il vivait sans règle ni retenue, se mêlait à toute espèce de gens dévoyés, et n’avait d’autres occupations que le jeu. Ayant été instruit de la religion, à l’âge d’environ trente ans, il se mit franchement à la pratiquer, et quand le P. Pacifique Yu entra en Corée, il se fit immédiatement baptiser, et redoubla de ferveur pour tous ses devoirs religieux. Il avait rompu avec ses nombreux amis païens, s’appliquait sans cesse à l’étude de la doctrine, et se faisait remarquer par son zèle à instruire les autres. Sa famille était l’objet spécial de ses soins, mais il les prodiguait aussi aux chrétiens tièdes et aux païens ; il allait consoler les malades, les aidait dans tous leurs besoins, et tâchait de procurer le baptême aux enfants infidèles, en danger de mort. C’est dans l’exercice de toutes ces vertus qu’il fut arrêté et mis en prison. On rapporte qu’un jour un de ses amis lui demanda en riant : « Dans l’autre monde, comment vous appellera-t-on ? » Il répondit : « Si on m’appelle Damien Nam de la confrérie du saint scapulaire, martyr pour Dieu, mes désirs seront comblés. » Son épouse Marie Ni, femme d’un caractère énergique et d’une grande intelligence, se faisait aussi remarquer

  1. La prison des voleurs a deux divisions, et deux grands juges criminels qui ont chacun leurs subordonnés et prononcent à part. On appelle l’un juge de la droite, et l’autre juge de la gauche ; leurs satellites sont désignés de la même manière.