Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/143

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


expédie six ou sept satellites et prétoriens, avec ordre d’amener les coupables. Ils font invasion sur différents points à la fois, saisissent tous ceux qu’ils rencontrent, et déjà ils en avaient lié un bon nombre, quand la nouvelle en parvint à une famille chrétienne du nom de Nam. Ces Nam étaient nobles et chefs du village. Ils appellent aussitôt leurs esclaves et tous les chrétiens qu’ils rencontrent, et en vertu de l’usage qui accorde aux nobles la police de leurs villages, et ne permet pas aux satellites d’en arrêter les habitants sans une communication préalable du mandarin, ils donnent l’ordre de saisir et de garrotter les envahisseurs. Jamais ordre ne fut mieux accueilli. Le chapeau d’esclaves sur la tête, et le bâton à la main, nos gens courent sus aux prétoriens, les accablent de coups, les chargent de liens, remettent les chrétiens en liberté, et amènent ces nouveaux captifs au chef de la famille Nam. Celui-ci les fait suspendre à un arbre vis-à-vis sa maison, et sous les coups d’une rude bastonnade, leur fait déclarer les auteurs de cette échauffourée. Par malheur, un prétorien qui s’était échappé courut avertir le mandarin qui, furieux de la résistance, envoya de suite un renfort considérable pour délivrer ses hommes et saisir les chrétiens. Mais il n’était plus temps ; déjà tous avaient fui, ou s’étaient réfugiés dans des maisons légalement inviolables, et on ne put mettre la main sur aucun d’eux. Les choses en seraient restées là si quelques chrétiens ne s’étaient trop pressés, malgré les conseils des autres, de regagner leurs maisons. Ils furent saisis par les satellites demeurés en embuscade, et conduits d’abord à la ville de Tsiei-t’sien, puis au juge criminel de T’siong-tsiou, et enfin devant le gouverneur. Quelques-uns furent relâchés après plusieurs mois de captivité, les autres furent écroués à la prison. Aucun d’eux malheureusement n’eut la fermeté de persister jusqu’à la fin dans la profession de sa foi.

« Mais ce fut surtout à partir du 7 avril, dimanche de Quasimodo, que la persécution prit à la capitale une tournure décisive, que ne laissait plus apercevoir aucun remède. Le soir, les satellites entrèrent tout à coup dans la ci-devant auberge de la mission et arrêtèrent tous ceux qui s’y trouvaient. De ce nombre était une femme que son mari, mauvais catéchumène qui connaissait toutes les affaires des chrétiens, vint réclamer de suite. Comme elle ne voulait pas apostasier, les satellites refusèrent de la lui rendre. Alors cet homme furieux dénonça tout ce qu’il connaissait de chrétiens et donna, dit-on, une liste de cinquante-trois personnes. La maison attenante à l’auberge fut aussitôt envahie,