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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/13

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et comme une renommée constante a fait parvenir à nos oreilles le bruit de la sagesse et de la puissance des Européens, on les regardera comme des esprits. Si donc un navire européen apparaît tout à coup, les nôtres stupéfaits ne sauront d’abord quel parti prendre. Admirant ensuite la force et la vertu des hommes de l’Occident, ils les accueilleront avec humanité et avec joie. S’ils étaient animés de quelque mauvaise intention contre eux, ils n’oseraient rien faire avant d’en avoir référé à l’empereur de Chine, lequel faisant réflexion qu’un navire européen, sur un littoral étranger, ne peut nuire à son propre royaume, jugerait probablement qu’il ne doit pas s’en inquiéter. Il est donc évident que la voie de mer doit être employée pour soutenir et répandre la religion. Notre royaume dépend, il est vrai, de la Chine, mais les mœurs et le pays sont différents, et notre roi n’est pas soumis à l’empereur de la même manière que l’étaient jadis les petits rois chinois. Que si notre évêque (celui de Péking) se contente d’envoyer simplement des prêtres pour l’exercice du saint ministère, ils ne pourront que très-difficilement échapper à la vigilance des mandarins et aux défiances du peuple, et l’on verra s’évanouir tout espoir de propager le christianisme.

« Si nous jetons les yeux sur les livres de religion, nous y lisons qu’on s’est servi de la navigation pour porter l’Évangile dans les contrées éloignées, chez les peuples barbares, chez les Japonais par exemple, et jusqu’aux extrémités du monde. Mais, ô douleur ! notre royaume, oublié dans ce coin de terre, reste seul dans les ténèbres ; les cieux sont pour lui sans lumière. Que d’âmes dans ce vaste pays se précipitent inévitablement dans l’abîme de la perdition ! Nous ne sommes que des gens grossiers et des enfants ; mais du fond de notre misère, nous fixons nos regards sur le sang divin que Notre Seigneur Jésus-Christ a répandu pour nous, et sur les miettes qui tombent de la table du Maître. Daigne Votre Sainteté, dont la prudence est souveraine, trouver le moyen de nous secourir dans un péril si imminent, et de nous retirer de l’abîme qui commence à nous engloutir ! »

Viennent ensuite d’assez longs détails sur la meilleure manière d’armer ce navire dont les Coréens sollicitent l’envoi, sur la composition de l’équipage, sur les dangers que l’on pourrait courir près des côtes, sur le lieu le plus favorable au débarquement, sur le plan à suivre pour entrer en rapport avec les autorités, sur les précautions à prendre contre leur mauvaise foi, etc., etc.

Cette nouvelle instance d’enfants abandonnés qui demandaient du pain, et qui n’avaient personne pour le leur rompre, toucha