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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/124

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Jésus et de Marie. Le juge nous dit alors : « Êtes-vous donc décidés à mourir ? — C’est notre plus grand désir. — Insensés que vous êtes, vous voudriez mourir promptement, mais avant cela vous recevrez des coups sans mesure et sans nombre. »

« Enfin ils cessèrent de nous frapper. Cependant ma sœur, épuisée et la tête courbée sous la cangue, soupire toujours après le martyre qu’elle ne cesse de demander, ainsi que l’assistance du Seigneur. Tout ce que je viens d’écrire a été vu et entendu par une multitude de personnes. Je ne puis prolonger ce récit ; je ne puis développer les pensées innombrables qui remplissent mon âme. Mes jambes toutes déchirées n’étaient qu’une plaie ; cependant, grâces à Dieu, je n’ai pas encore beaucoup souffert. Je souhaite la paix à tous les chrétiens et je désire en avoir des nouvelles. Pierre Ni, le 29 de la onzième lune. »

« Une des captives a aussi envoyé sa relation, mais comme elle n’est qu’un abrégé de celle-ci, j’ai cru inutile de vous la traduire.

« Le 15 janvier, jour de l’entrée de M. Chastan en Corée, une fidèle chrétienne, nommée Agathe Kim Sien-sa, alla dans le ciel recevoir la palme du martyre, à la suite des affreux supplices qu’on lui avait fait souffrir la veille. Le tyran qui l’avait fait torturer est le même qui tourmentait les chrétiens dans la première persécution, il y a trente-six ans. On prétend aujourd’hui que les années d’abord, mais surtout cette dernière expérience, l’ont un peu adouci. Il aurait dit, en apprenant la mort d’Agathe : « C’est fini, je ne me mêlerai plus des affaires des chrétiens. » Les premiers administrateurs et les grands du royaume, mandarins et autres, semblent ne pas s’occuper de la religion ; ils cherchent seulement à maintenir les choses in statu quo pendant la minorité du roi. Il n’a pas encore dix ans ; cependant ils l’ont marié au printemps dernier. Un des grands, ami particulier du premier et principal régent du royaume, celui-là même qui écrivit une lettre de recommandation pour faciliter l’introduction de feu Mgr de Capse en Corée, ne cesse de nous donner des marques de protection. En automne de l’année dernière, il y eut, dans le Sud, quelques esprits turbulents qui voulurent former une conspiration contre le jeune roi. Le gouvernement les fit aussitôt poursuivre, et on en arrêta un grand nombre. Kim, ce protecteur que la divine Providence nous a ménagé, craignant que l’on ne nous confondît avec les rebelles, fut aussitôt trouver le premier régent. L’entretien roula sur les causes présumées de cette rébellion et sur les diverses classes de personnes que l’on pouvait soup-