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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/116

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charité de ces braves gens et l’amitié qu’ils m’ont témoignée. À Malacca, à Syngapour, j’ai aussi rencontré des personnes qui m’ont tenu lieu de mère par les bons services qu’elles m’ont rendus, ce qui m’a donné lieu de dire plusieurs fois que je n’avais laissé qu’une mère en France et que Dieu m’en donnait plus de cent dans l’Inde. On me demandait mille francs pour me porter de Syngapour en Chine, ma bourse n’était pas si bien garnie ; aussi le bon Dieu y a pourvu admirablement. Un capitaine allemand fut prié par des chrétiens chez qui il logeait de vouloir bien me prendre à prix modéré. Il demanda si j’étais pauvre ; on dit que oui. « Eh bien ! qu’il vienne, nous nous arrangerons. » Au moment où nous entrâmes en pourparlers, l’épouse de l’aubergiste se mit en prières. Le capitaine hambourgeois me dit : « Seigneur, vous prêtre catholique, moi réformé ; moi porter vous à Macao, pas un sou ; moi donner à vous bon chambre, bon manger, pas prendre un sou. » Ce charmant et loyal monsieur a tenu sa parole. Nous avons été treize jours en mer sans nous ennuyer. Que le bon Dieu le récompense en lui ouvrant les yeux à la vraie foi ! Il n’en paraît pas fort éloigné, et j’espère que Dieu le récompensera en ce monde et en l’autre.

« Arrivé à Macao, j’ai trouvé la barque qui doit me porter à Nanking ; elle venait d’arriver. Je serais déjà parti, si deux religieux espagnols avec qui nous devons aller jusqu’au Fo-kien avaient été prêts. J’espère que nous nous embarquerons pour le plus tard dans dix jours. Les pauvres Coréens savent déjà qu’un évêque et des missionnaires sont en route pour leur porter du secours ; cette nouvelle leur a fait verser des larmes de joie.

« Quand je serai arrivé auprès d’eux, je vous écrirai combien ils sont aimables et s’ils sont dignes que vous fassiez encore pour eux le sacrifice de mon cher Louis ou du petit Jules. Formez-les, ainsi que mes petites sœurs, à la vertu : c’est le plus riche héritage que vous puissiez leur laisser. La lecture des histoires de la Bible et de la Vie des saints produit un effet admirable sur les cœurs des jeunes enfants ; les bons exemples dont ces livres sont pleins s’y impriment comme un cachet sur de la cire. Si je suis prêtre, si je suis en Chine, je m’en crois redevable en grande partie à ces pieuses lectures que vous aviez coutume de faire le soir ou le dimanche. Oh ! mon cher père, pour vous délasser des travaux de la campagne, après avoir ensemencé vos champs pour récolter de quoi nourrir nos corps, vous aviez soin de jeter dans nos cœurs une autre semence bien plus précieuse, puisqu’elle est destinée à fructifier pour l’éternité. En instruisant mes chrétiens, j’ai sou-