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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/108

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médiocres ; aussi ses progrès ne répondirent-ils ni à ses efforts, ni au temps qu’il consacra à ses études classiques. À défaut d’esprit naturel, le Seigneur lui avait donné un grand esprit de foi, une âme généreuse, un sens droit qui lui procurèrent plus tard soit au séminaire, soit dans la carrière évangélique, des succès tout à fait inattendus et qu’on aurait presque regardés comme impossibles. Jusque-là rien en lui n’avait fait pressentir l’héroïque résolution qu’il prit dans la suite. Il a avoué cependant que, dès cet âge, le Seigneur avait mis dans son âme le désir de la vie apostolique. Ce désir s’était formé dans son cœur par l’exemple d’un saint prêtre qui, après avoir administré pendant quelques années la paroisse de Marcoux, au retour de l’émigration, était parti pour les missions de la Chine, en 1805. Ce prêtre était Mgr Audemar, mort évêque d’Adran. M. Chastan n’avait pu le connaître, mais il avait souvent entendu parler de lui dans sa famille ; il avait sans doute entendu lire ses lettres, et son cœur avait tressailli du désir de suivre un si bel exemple.

« En 1820, il quitta Digne pour aller continuer ses études au collège d’Embrun, où il fit sa seconde et sa rhétorique. C’est pendant son séjour à Embrun qu’il embrassa l’état ecclésiastique. L’habit qu’il porta dès lors lui faisant une loi d’une vie plus fervente, il s’approcha plus fréquemment des sacrements. Peu à peu il prit le goût de l’oraison mentale, il contracta l’habitude de la sainte présence de Dieu et bientôt des paroles de foi et d’amour, échappées de son âme, révélèrent pour la première fois à ses amis sa pensée de se consacrer aux missions étrangères. On lisait un jour au réfectoire la vie de saint François Xavier. Cette lecture fit sur lui la plus vive impression, il en fut ému jusqu’aux larmes et son cœur fut dès lors comme dans l’angoisse, à la pensée des besoins spirituels des pauvres peuples infidèles. Peu de temps après, allant en promenade avec la communauté, il avait porté un volume des Lettres édifiantes et curieuses ; un de ses condisciples voulut voir ce livre : « Tiens, lui dit-il avec un saint transport, regarde, mon cher ami, voilà des nations assises dans les ombres de la mort. La lumière de l’Évangile ne les éclaire point. Les enfants sont abandonnés. Le père égorge son fils, et la mère sa fille. Ils ont des ongles plus cruels que les serres des vautours, lesquels prennent soin de leurs petits. Conduit par la main du Seigneur, j’irai chercher les brebis égarées et les plus abandonnées de toutes. En Europe, surtout en France, les prêtres ne manquent pas. Celui qui veut être baptisé le sera ; celui qui veut connaître l’Évangile, le connaîtra ; le vigilant pasteur saura con-