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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/100

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patience et résignation, toutes les peines qu’il lui plaira de nous envoyer ou de permettre qui nous arrivent, à nous et à nos chers Coréens ; la quatrième de la très-sainte Vierge, afin qu’elle daigne nous prendre, nos chers Coréens et nous, sous sa protection maternelle ; la cinquième en l’honneur des saints Anges, et particulièrement des anges protecteurs de la Corée, pour les remercier et les prier de continuer à protéger ce pays avec un soin particulier ; la sixième de la Propagation de la Foi, pour obtenir du Seigneur qu’il daigne aplanir les difficultés, diminuer les obstacles, et faire croître et fructifier la semence du divin Évangile en Corée. »

Dieu, qui aime à se servir, pour instruments de ses miséricordes, des humbles qui mettent en lui leur confiance, bénit l’entreprise de son serviteur. Cinq mois plus tard, M. Maubant écrivait une nouvelle lettre aux directeurs du séminaire des Missions-Étrangères. Elle commençait par ces mots : « Rendons grâces à Dieu, messieurs et très-chers confrères, » et était datée de Han-iang (Séoul), capitale du royaume de Corée. Voici comment le missionnaire raconte les péripéties de son voyage :

« Le 12 janvier 1836, vers minuit, je partis de Pien-men accompagné de cinq chrétiens coréens. Je devais passer trois douanes, la première à Pien-men même, et les deux autres aux confins de la Corée. On m’avait bien indiqué ce que j’aurais à faire pour les passer, mais ce n’était pas en ces moyens que je mettais ma confiance. Je m’adressai au bon Dieu et à la très-sainte Vierge ; je priai cette bonne mère de tout mon cœur, et par tous les motifs imaginables, de me protéger et de m’obtenir la divine assistance de Jésus. Voici, selon que je puis l’exprimer, ce que je sentis et entendis dans mon âme : tu n’as rien à craindre, il ne t’arrivera aucun mal. Lorsque nous eûmes passé, sans encombre, la première porte, je remerciai le bon Dieu et la sainte Vierge. Mon guide principal parlait chinois ; il me dit avec un transport de joie : en voilà une de passée. Les chrétiens se communiquèrent leur satisfaction et on m’invita à monter à cheval. Nous n’en avions qu’un. Je les remerciai et leur dis de se servir eux-mêmes de cette monture. Nous traversâmes les plaines et les forêts désertes qui servent de limites à la Mandchourie et à la Corée. Elles comprennent un espace d’environ douze lieues de large sur vingt de long. Le côté oriental est bordé par les trois branches d’un fleuve fameux, nommé en langue chinoise Ya-lu-kiang ; la branche la plus voisine de la Corée est la limite légale des deux États. Le fleuve est glacé pendant trois