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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 1.djvu/463

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LIVRE IV

Depuis la fin de la persécution de 1801, jusqu’à l’érection de la Corée en vicariat apostolique.
1802-1831.




CHAPITRE Ier.

État déplorable de la chrétienté. — Lettre des chrétiens de Corée à l’évêque de Péking. — Leur lettre au Souverain Pontife. — Nouveaux martyrs.


Le dernier jour de l’année sin-iou avait encore été ensanglanté par le supplice de plusieurs chrétiens ; avec l’année im-sioul (1802), commença pour l’Église de Corée une ère de tranquillité relative, qui permit aux néophytes de respirer un peu. Ce n’était pas la paix, encore moins était-ce la liberté, mais la violence de la persécution était diminuée, les juges et les bourreaux avaient, pour un temps, cessé de fonctionner.

Il serait difficile d’exposer complètement l’état de désorganisation, de misère et de ruine, dans lequel se trouvait la chrétienté au lendemain de la persécution. Tous les hommes éminents, capables de diriger, d’exhorter, de ranimer leurs frères, avaient été mis à mort. Dans beaucoup de grandes familles, il ne restait que des femmes et des enfants. Les pauvres, les gens du peuple, que la rage des ennemis de la religion avait dédaigné de poursuivre, demeuraient isolés, sans relations entre eux, au milieu de païens hostiles, qui, forts de la loi et de l’opinion publique, ne leur épargnaient aucune vexation, et les traitaient en esclaves. Le très-grand nombre des apostats qui n’avaient renié la foi que de bouche et la conservaient encore dans leur cœur, tremblaient de reprendre leurs pratiques religieuses, et se bornaient à répéter en secret quelques timides prières. Presque tous les objets de piété, presque tous les livres avaient été détruits, et le peu qui en restait était enfoui sous terre, ou caché dans des trous de murailles. Beaucoup de néophytes, encore peu affermis dans la foi, privés de toute