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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 1.djvu/329

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CHAPITRE III.

Régence. — Persécution générale. — Martyre de Jean T’soi, d’Augustin Tieng, de Louis de Gonzague Ni, etc…


La mort du roi Tieng-tsong tai-oang était un malheur pour tout le royaume qui perdait en lui un prince sage, modéré, ami de son peuple ; mais pour les Nam-in et les chrétiens, c’était un véritable coup de foudre. Ils voyaient disparaître tout à coup le dernier obstacle qui pouvait s’opposer à la rage de leurs ennemis. Voici comment Alexandre Hoang, dans ses mémoires, nous décrit la position respective des partis politiques en Corée, à cette époque :

« Depuis longtemps les nobles étaient divisés en quatre partis nommés No-ron, Sio-ron, Nam-in et Sio-pouk. Les deux principaux étaient celui des No-ron et celui des Nam-in. Vers la fin du dernier règne, ces partis s’étaient subdivisés en deux camps ou deux fractions. On appelait Si-pai, ceux des divers partis qui étaient sincèrement dévoués au roi et disposés à le seconder dans ses vues. Ceux au contraire qui, attachés à leurs idées particulières, étaient toujours prêts à faire de l’opposition, étaient nommés Piek-pai. Tous les ennemis les plus acharnés des chrétiens étaient Piek-pai. Les Nam-in Si-pai étaient en petit nombre. C’est parmi eux que la religion se propagea d’abord, et quoique plusieurs eussent renoncé à l’Évangile pour conserver leur vie et leurs emplois, cependant ils n’étaient pas foncièrement hostiles aux chrétiens. Les chefs des Nam-in Si-pai étaient Ni Ka-hoan-i, Ni Seng-houn-i, Tieng Iak-iong, etc. La fraction des Nam-in Piek-pai avait pour chefs Hong Hei-ho et Mok Man-tsiong. »

Le roi redoutait les Piek-pai qui étaient nombreux et puissants, et dont les rangs se grossissaient tous les jours. Il favorisait au contraire les Nam-in Si-pai, lesquels étaient presque tous des hommes d’un grand mérite. Ni Ka-hoan-i était le premier lettré du royaume ; Tieng Iak-iong avait comme savant et comme homme d’État des talents extraordinaires. Le roi les avait en particulière affection, et tous deux, avant 1795, furent souvent honorés des plus hautes dignités. Les Piek-pai détestaient ces deux hommes et leurs partisans, aussi, comme nous l’avons vu, se servirent-ils du prétexte de la religion chrétienne pour les per-