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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/95

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du vulgaire, car seuls, l’artiste et le libre savant portent en eux-mêmes leur bonheur. » Charles aura donc les meilleurs maîtres. Czerny devra lui montrer l’art du piano et Beethoven corrigera : « Tenez surtout au sens de la phrase musicale. Bien que j’aie peu enseigné, je me suis aperçu que cette seule méthode formait des musiciens, ce qui, après tout, est un des objectifs de l’art. » Et, pour le doigté : « N’abusez pas du perlé : on peut aimer la perle, mais parfois aussi d’autres bijoux. »

Charles ne demeura pas longtemps chez les Giannatasio, la bourse de l’oncle ne lui permettait plus cette coûteuse pension où tout le high-life viennois avait ses enfants. Les besoins d’argent grandissaient. Pour son Charles, Beethoven criera famine, il deviendra quémandeur et traitera de « gueux » tous les princes de la terre, trop peu généreux, à son gré, envers les artistes. « Je suis père », écrit-il à Wegeler, « mais sans femme. » Aussi, laissons-le aux prises avec cet « allegro di confusione » qu’est son ménage, avec les trop fameuses gouvernantes Nanni, Pepi et Baberl ; l’obligeante Mme Streicher elle-même y perdra son latin. Parlerons-nous de l’amusante leçon d’économie domestique qu’il se fait donner par elle ? — « Faut-il faire cuisine à part ? » — « Si vous mettez des asperges ou des légumes fins, il va de soi qu’il vaut mieux faire deux cuisines ; mais si vous mettez simplement des choux, il sera plus économique de faire la même soupe pour tout le monde, sans quoi vous dépensez le double de graisse. » — « Et pour le « déjeuner ? » — « Aujourd’hui, c’est vigile, on ne donne que de la soupe maigre, un peu de poisson et un morceau de Gogelhopf, à midi ; demain, jour de fête, chacun