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héroïque. Nous partageons complètement l’opinion émise par M. Chantavoine dans son étude sur Beethoven ; il nous paraît hors de doute que le nom de Bonaparte, inscrit par le musicien en tête du titre de la symphonie, l’ait été dans une intention nettement dédicatoire. La composition de la IIIe symphonie coïncide, en effet, avec la période, assez restreinte, de la vie de Beethoven où il adressa des dédicaces d’œuvres importantes à des chefs d’État. Déjà, en 1796, les deux premières sonates pour violoncelle sont dédiées au roi de Prusse Frédéric-Guillaume II ; en 1799, Beethoven adresse le Grand septuor, op. 20, à l’impératrice Marie-Thérèse : en 1802, trois sonates de violon à l’empereur de Russie. On ne s’étonnerait donc pas qu’il voulût offrir, en 1804, une de ses grandes compositions au chef de l’État français, et l’on ne songerait guère à discuter la genèse de la IIIe symphonie si la flagornerie politique ne s’en était emparée, et avec quelle insistance ! pour faire de Beethoven une manière d’apôtre de la Révolution.

Tandis que ses contemporains semblent n’avoir même pas soupçonné d’autre origine à l’Héroïque que les tableaux de guerre dont les gazettes viennoises étaient alors remplies, témoins Czerny ou le Dr Bertolini, ses amis intimes, qui y voyaient la peinture d’une bataille navale : Aboukir, ou la glorification de Nelson et du général anglais Abercrombie, le pauvre Schindler, tout imbu d’idéologies républicaines et cédant à la manie de paraître avancé (on était en 1840), s’avisa, dans son livre, de prêter au compositeur des intentions politiques. Venant à parler des esquisses de l’œuvre, il en rapproche plusieurs passages de la