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œuvres inspirées à Beethoven par son ardent amour pour la nature, presque aussi fertile en chefs-d’œuvre que le fut, en cette seconde période de sa vie productive, l’amour féminin.


L’AMOUR DE LA PATRIE


Beethoven aima profondément son « unique patrie allemande » ; ses lettres et ses touchants retours en esprit vers les paysages du Vater Rhein en font foi ; mais qu’il ait chéri également sa patrie d’adoption, l’Autriche, rien de moins douteux. Et comment aurait-il pu en être autrement alors qu’il partageait — moralement et matériellement — avec cette patrie autrichienne, les peines, les angoisses, la détresse et enfin le triomphe final ?

Mais quelle fut la part artistique de ce sentiment ? De quelle façon l’auteur de la Symphonie héroïque voyait-il, musicalement, la patrie ? Quel est enfin le procédé qu’il lui plut d’adopter pour exprimer son patriotisme en musique ? Ce procédé, ce fut, sans contredit, le militarisme (qu’on nous pardonne l’emploi de ce récent néologisme), ou, si l’on préfère, l’adaptation d’un rythme belliqueux à la mélodie. Ce rythme bien connu : une croche pointée suivie d’une double croche, était alors — il l’est même encore aujourd’hui — de mise dans toutes les circonstances militaires où la musique peut trouver place : marches triomphales ou funèbres, charges d’infanterie, assauts, retraites même ; cette forme rythmique restera spécialisée à cette application jusqu’à ce que Meyerbeer l’en vienne détourner pour l’employer sans discernement dans