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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/71

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pensée, l’extrait suivant du livre en question : « On peut à juste titre nommer la Nature l’école du cœur ; elle nous montre avec évidence nos devoirs envers Dieu et envers notre prochain. Donc, je veux devenir disciple de cette école et lui offrir mon cœur. Désireux de m’instruire, j’y veux rechercher la sagesse que nulle désillusion ne peut rebuter ; j’y veux apprendre à connaître Dieu, et, par cette connaissance, je trouverai un avant-goût des félicités célestes. »

Quelle a bien pu être exactement cette nature aimée de Beethoven et cause occasionnelle de tant de chefs-d’œuvre, cette campagne évocatrice de si hautes inspirations ? Oh ! tout simplement la nature voisine de son habitation, la campagne qu’il pouvait familièrement parcourir au cours de ses promenades quotidiennes. Si Beethoven fut un promeneur infatigable, jusqu’à rebuter parfois ceux qui voulaient l’accompagner, il ne fut jamais ce qu’on appelle aujourd’hui un excursionniste. Le tourisme, cette manie de l’Allemagne moderne, au point qu’avec son instinct de militarisation, elle est allée jusqu’à le revêtir d’un uniforme (veston gris vert à boutons en corne de cerf et disgracieux petit chapeau orné d’un pinceau à barbe), le tourisme, disons-nous, n’existait pas au commencement du xixe siècle. Lorsqu’on entreprenait un voyage lointain, c’était pour affaires et non par plaisir ; mais la promenade à pied était alors fort en usage.

À cette époque — comme encore aujourd’hui — les petites localités voisines des grandes villes d’Allemagne étaient émaillées de riantes wirthschäften, non encore étiquetées du pompeux barbarisme de Restauration. Ces accueillantes guinguettes ouvraient, aux jours de beau