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à la manière sèchement théorique d’un Jean-Jacques, dont les écrits sur l’éducation naturelle faisaient cependant fureur alors ; quel point de contact pouvait-il y avoir entre les doctrines du calviniste genevois et les effusions du catholique de naissance et de culture qu’était Beethoven ? — Ce n’était pas davantage à la manière dont les romantiques commençaient déjà à traiter les champs, les forêts et les plaines. Beethoven ne considéra jamais la nature immense, impénétrable et fière, ainsi que le fait un Berlioz, parlant par la bouche de son Faust. Un petit coin de vallon, une prairie, un arbre suffisaient à Beethoven ; il savait si bien pénétrer les beautés naturelles que, pendant plus de douze ans, toute sa musique en fut comme imprégnée ; quant à la fierté, il ne pouvait en être question auprès de cette indulgente amie, de cette discrète confidente des peines et des joies. Certes oui, Beethoven aime ardemment la nature et il sait nous la montrer à travers le prisme d’un cœur d’artiste, d’un cœur plein de tendresse et de bonté qui ne vise qu’un but : s’élever, et, par l’amour de la création, pénétrer jusqu’au Créateur : « Aux champs, il me semble entendre chaque arbre me dire : Saint, Saint, Saint ! »

Peu de temps après la terrible crise causée par sa passion pour Juliette Guicciardi, on remarque sur la table de Beethoven un livre, qui, pendant douze ans, fut son livre de chevet, le Lehr und Erbaungs Buch de Sturm. Les passages soulignés de cet ouvrage, si souvent feuilleté qu’il dut s’en procurer un second exemplaire, ne laissent aucun doute à l’égard de l’assertion que nous venons d’émettre. Mieux encore, il copia lui-même, pour l’avoir toujours présent à sa vue et à sa