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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/69

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trice du génie, qui, pour créer du nouveau, n’avez nul besoin de répudier les formes anciennes !

L’histoire de la sonate op. 90 n’est pas moins curieuse. Beethoven a voulu (il l’a indiqué lui-même) peindre musicalement le roman de son ami Maurice Lichnowsky. Celui-ci, violemment épris d’une actrice, et ballotté entre son amour et ses préjugés, hésita longtemps, souffrant beaucoup de ces hésitations, mais l’amour l’emporta et un mariage heureux en fut la conséquence. Les deux pièces qui constituent la sonate suivent, pour ainsi dire pas à pas, cette situation. La fougue du premier mouvement, où le caractère du comte Maurice, empreint à la fois de fierté et de faiblesse, est si nettement posé dès le début du morceau « combat entre la tête et le cœur », forme une admirable antithèse avec le charme très doux du finale « entretien avec l’aimée ». Ici, Beethoven, reprenant, après l’avoir abandonnée si longtemps, la vieille forme du rondeau, tente de dépeindre, par le retour fréquent de l’immuable refrain, la tendre et durable monotonie de ce bonheur conjugal dont il rêva toute sa vie, sans pouvoir jamais y atteindre.


L’AMOUR DE LA NATURE


La nature fut pour Beethoven non seulement une consolatrice de ses douleurs et de ses désillusions, mais encore une amie avec laquelle il se plaisait à converser familièrement, seul entretien auquel sa surdité ne fît pas obstacle.

Comment l’auteur de la Symphonie pastorale voyait-il et comprenait-il la nature ? Sûrement, ce n’était point