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l’avait commandée à Beethoven. Or, c’est en remerciement de l’hospitalité accordée par le grand seigneur à la Symphonie en et à lui-même, en son château de Glogau, que Beethoven dédia sa Symphonie en si bémol à Oppersdorf, ce qu’il n’eut jamais fait si l’œuvre avait été l’expression de sentiments personnels ; il l’eût, dans ce cas, dédiée à quelque ami intime, ou aurait supprimé toute dédicace, comme il fit pour l’op. 110.

Nous avons dit qu’à partir de 1805, Beethoven n’écrivit plus guère pour le piano, fasciné qu’il était par l’attirant scintillement de l’orchestre. Il est cependant deux sonates qui font exception. Elles furent dictées par l’amitié, et, bien que dans chacune de leurs pièces, la forme traditionnelle soit conservée, ces œuvres deviennent, de par leur intitulé même, de véritables poèmes pour piano.

La sonate de l’Adieu, op. 81 (et non pas des adieux, comme on s’obstine à la nommer), avec son Lebewohl, obsédant jusqu’à l’arrachement, la triste plainte de l’Absence et les tendres caresses du Retour, pourrait bien évoquer le tableau de deux amants séparés, puis réunis en de douces et pures étreintes. L’œuvre a cependant une tout autre origine. L’archiduc Rodolphe fuyant, en 1809, devant l’invasion française, proposa lui-même à son maître le canevas de cette composition, et Beethoven en fit un chef-d’œuvre qui dépasse de beaucoup le thème proposé : la séparation de deux amis, puisqu’il devint, non pas une pièce de circonstance comme en peut écrire un homme d’esprit (ainsi s’exprime le clairvoyant critique de l’Allgemeine Muzik Zeitung, en 1812) mais le type musical de tout adieu, de toute absence, de tout retour… Ô puissance évoca-