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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/54

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blocus continental, et qui lui envoient des traductions de Tacite et d’Euripide en guise de monnaie, Beethoven oublie son dénuement pour penser aux autres. C’est son pauvre Breuning, devenu veuf, qu’il entoure de tendresse ; c’est son frère Charles, mourant, dont il cherche à satisfaire les fantaisies, c’est son autre frère le pharmacien qu’il voudrait arracher à l’influence d’une servante maîtresse. Aujourd’hui, il organisera un concert de charité pour les sinistrés de Baden, demain, il enverra des ballots de sa musique pour une « académie » au profit des Ursulines de Gratz, ne réclamant en échange que les « prières des saintes femmes et de leurs « pupilles ».

Cependant, Mme Streicher le trouvera dénué de tout, en guenilles, « L’état de mes chaussures », déclare-t-il en riant, « m’a mis aux arrêts de rigueur. » C’est alors que, pour regarnir son portefeuille, Mælzel, le Vaucanson viennois, depuis longtemps en quête d’un introuvable cornet acoustique à l’usage de Beethoven, lui propose la combinaison suivante : il associera la musique de deux nouvelles symphonies à l’exhibition de certain trompette automate qui exécutait les sonneries de la Grande Armée ; et Mælzel répond de l’enthousiasme des Viennois.

L’événement lui donna raison. Les concerts des 8 et 12 décembre 1813, au bénéfice des blessés de la bataille de Hanau, réunirent plus de trois mille auditeurs. Dans une retentissante proclamation « alla Bonaparte », Beethoven, qui venait de grouper sous sa baguette tout ce que l’Autriche comptait alors de musiciens illustres : Hummel, Spohr, Mayseder, Salieri, Meyerbeer (qui, chargé de la partie de grosse caisse, ne partit