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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/52

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quelle aubaine s’ils pouvaient mettre la main sur l’auteur de la musique d’Egmont ! Un jour, les beaux yeux de Rahel Levin, « image d’autres traits chéris », feront pourtant le prodige souhaité.

Beethoven, qui s’obstinait jusque-là à diner seul, consentira à participer aux réunions de la société. Son cœur y trouvera de nouvelles chaînes, celles d’Amélie Sebald, la belle et vertueuse cantatrice berlinoise. En son honneur, il rimera des vers mirlitonesques :

Ludwig van Beethoven
De qui, sans nulle peine
Vous seriez la reine.

Auprès de lui malade, la jolie Sebald s’est faite infirmière ; elle surveille ses menus, lui interdit les promenades matinales dans les brouillards de l’automne, elle le nomme « son cher tyran » ; lui l’appelle Amélie et sent monter à ses lèvres des aveux brûlants qu’il n’osera jamais déclarer. — « Voilà cinq ans », dira-t-il plus tard à Giannatasio del Rio, « que j’ai trouvé la femme de mon rêve, mais je n’ai pu me décider à aller plus loin… » Avait-il le pressentiment que sa demande ne serait pas bien reçue ? Recula-t-il devant la douleur d’un refus de la part de l’artiste après en avoir déjà essuyé de la part de l’aristocrate et de la bourgeoise ?

Fûtes-vous, bonne Amélie Sebald, cette « immortelle bien-aimée » dont on a tant parlé ? — Beethoven, qu’on ne « connut jamais sans un amour », a bien pu vous appeler ainsi tour à tour : vous, séduisante Juliette, vous, brillante Gherardi, vous, comtesse Babette, la jolie laide à qui furent dédiées les variations modulantes, op. 34, et le 1er Concerto de piano, vous, les deux Thérèse,