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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/48

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bientôt fiancée à Gleichenstein. Quant à Thérèse, vivant rayon de soleil, une brune au profil de médaille, elle voltige d’un sujet à l’autre et « traite tout dans la vie si légèrement » que Beethoven le lui reprochera, tout en sentant son cœur, avide de joie, touché au vif par cette « divine gaîté ». Ah ! s’il pouvait plaire, cette fois ! Il caresse et promène le petit chien Gigons ; il écrit de longues lettres qui sont presque des déclarations, où il prend à témoin les forêts, les arbres, les rochers : « Eux, du moins, rendent l’écho que l’homme attend deux ! » — Mais, hélas ! Thérèse voulait être baronne, elle aussi, et tout le monde tombe de haut quand Beethoven découvre à son ami ses espérances de prétendant. Nouveau déboire, reproches amers à l’heureux fiancé d’Anna qui n’en pouvait mais ; et la chanson perpétuelle de l’évincé : « Pour toi, pauvre Beethoven, point de bonheur à attendre du dehors. Tu devras te créer toutes choses en toi-même. Dans le monde idéal seulement, tu trouveras qui t’aime ! » N’est-ce point déjà un présage de la troisième manière ? Mais le voilà retombé dans le noir, de plus en plus obsédé par cette surdité dont le mur allait s’épaississant.

D’autant plus pitoyable aux peines des autres, il essaie de distraire avec sa musique la fille de l’illustre Birkenstock. Elle avait épousé un Brentano de Francfort et, depuis son mariage, elle était constamment malade. Comme Mme d’Erdödy, de jolis enfants l’entouraient, et Beethoven, qui adore les enfants (rappelez-vous sa délicieuse lettre à la petite Émilie de H…), leur apporte des bonbons, compose un petit trio pour Maximilienne et lui promet pour plus tard une grande sonate. La maison était remplie d’objets d’art et de curiosités ;