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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/43

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Gleichenstein, tous deux employés au ministère de la guerre, on ne parle plus que manœuvres et batailles, Arcole, Hochstædt, Hohenlinden. La haine de l’envahisseur, vivace chez Beethoven, se traduit par d’amères saillies contre ces « gallo-francs, rebelles à la compréhension du vrai et du bien, inaptes à toute politique sensée ». Cependant, Bernadotte, hôte assidu de la Cour impériale d’Autriche, où il s’entraîne déjà à son futur métier de roi, Bernadotte, le nouvel ambassadeur à qui l’a présenté Kreutzer, lui a fait bon accueil. Après les séances de musique à l’ambassade, Beethoven entend les récits de la campagne d’Égypte, les traits de génie de Bonaparte. Comment se défendrait-il d’admirer le grand homme, vivante évocation de ses chers héros grecs et romains ? Et, au souffle de cette atmosphère d’épopée, la troisième symphonie jaillit de son cerveau.

Mais, au milieu des événements de chaque jour, Beethoven n’a pas cessé de rêver mariage et paisible bonheur conjugal. Il le prouvera en choisissant pour livret de son opéra, non point les féeries allemandes qu’on lui propose, mais le scénario un peu niais de l’excellent Bouilly, Fidelio ou l’Amour conjugal, déjà mis en musique par Gaveau et Paër. Florestan, l’objet du dévouement conjugal, qui incarne si bien les sentiments de l’honnête Beethoven, Florestan, le pauvre prisonnier persécuté par un méchant gouverneur, rendu à la liberté par un bon justicier, Florestan n’a rien de commun, on l’avouera, avec les peu intéressants pensionnaires de la Bastille auxquels on a osé l’assimiler, mais ses malheurs étaient de nature à émouvoir un public vibrant encore au souvenir des