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cherché l’effet extérieur et conventionnel plutôt que l’expression de son génie propre ?

Quoi qu’il en soit, les musiciens dont l’influence se fait alors sentir dans l’œuvre de Beethoven sont au nombre de trois : Ch.-Ph.-Emmanuel Bach, Fr.-Wilhelm Rust et surtout Joseph Haydn.

Sa nature d’homme du nord ne le prédisposait nullement, comme un Mozart, par exemple, à se laisser dominer par le charme facile de la mélodie italienne, et rien, dans ses pièces pour piano, ne vient rappeler la manière des maîtres étrangers ; on n’y rencontre pas plus le style ornemental de Couperin que l’écriture originale de D. Scarlatti. Non, c’est de l’art de ses aînés immédiats, de ses presque contemporains allemands dont on le sent préoccupé.

Beethoven avait dix-huit ans lorsque Philippe-Emmanuel Bach mourut à Hambourg, et c’est dans les ouvrages didactiques du fils de Jean Sébastien qu’il apprit l’art du clavier. Concurremment avec le Clavecin bien tempéré, Neefe faisait connaître au jeune homme les Sonates prussiennes et les Sonates wurtembergeoises, alors fort répandues et qui avaient révélé la musique moderne à Haydn lui-même. Le même Neefe, qui avait des attaches à Dessau, où il retourna pour mourir, ne pouvait ignorer les œuvres de Fr.-W. Rust, et, bien qu’aucun document ne soit explicite à cet égard, il y a toute apparence qu’il dut faire exécuter par son élève, au moins les six premières sonates du maître de chapelle du prince d’Anhalt, gravées à Leipzig de 1775 à 1778, alors que Neefe était chef d’orchestre dans cette ville.

Quant à l’influence de Haydn, rien de moins surpre-