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couramment soit la préoccupation, soit la copie inconsciente de quelques œuvres contemporaines ou de la génération précédente. Ne connaissant que peu ou mal les grands ancêtres musicaux, Beethoven ne s’exerce pas encore au style polyphonique qui nous vaudra plus tard les derniers quatuors ; bien que familier avec les pièces pour clavecin de Bach, il ne se risque pas à écrire en style fugué comme il le fera dans sa troisième manière ; virtuose par destination, il entend rester virtuose et presque tout ce qui sort de sa plume est conforme aux conventions des musiciens de son époque à l’égard des virtuoses.

Il a, en effet, débuté dans la carrière artistique, nous l’avons vu, comme pianiste et comme improvisateur ; son talent sur le clavecin était renommé ; son maître Neefe le considérait comme l’un des plus habiles pianistes de l’Allemagne. Aussi, dès son arrivée à Vienne, se prodigue-t-il dans les concerts privés ou publics.

Il joue le 29 et le 30 novembre 1795 dans les concerts de charité organisés par Haydn au profit des veuves des victimes de la guerre ; il joue le 8 janvier 1796, au concert de la Bolla, sous la direction de Haydn ; dans une tournée en Allemagne, il improvise à la cour de Berlin et se lie avec le prince Louis de Prusse ; il joue, en 1797, au concert donné à Vienne par les frères Romberg et au concert Schuppanzigh ; il joue, le 2 avril 1798 à un concert de la Cour impériale et concourt pour l’exécution et l’improvisation avec le pianiste Wœlffl, alors illustre, bien oublié aujourd’hui. Faut-il s’étonner que ses premières compositions se ressentent de cette manière de vivre et qu’il ait, durant cette période,