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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/22

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macien : un pauvre diable de musicien vient-il à tomber dans la misère, Beethoven sera là, la main ouverte ; même il trouvera le temps de donner des leçons au fils de Franz Ries, le vieil ami de sa famille.

Depuis son arrivée à Vienne, Beethoven, redevenu écolier, n’a pas chômé. De 1792 à 1796, il a approfondi la fugue avec Albrechtsberger, ce contrepoint à face humaine, et perpétré nombre de « squelettes musicaux » ; il a étudié avec Salieri les lois de la déclamation, a appris de Förster l’art d’écrire un quatuor et de Haydn celui de composer.

Que pareille discipline ait mis à l’épreuve l’amour-propre du jeune homme que Haydn appelait en riant son grand Mogol, on n’en saurait douter, mais le futur auteur des neuf symphonies pouvait-il méconnaître la nécessité de solides éludes techniques ?

Aussi l’élève se montre-t-il assidu aux leçons de ses maîtres : « Est-ce permis ? » écrit-il en marge d’un de ses devoirs, et, sur la table de Salieri, il trace cette inscription : « L’élève Beethoven a passé ici. »

Au surplus, ses études lui coûtent assez cher : il paie ses maîtres, et, à Vienne, la vie n’est pas pour rien.

Il donnera donc des leçons pour vivre : on le verra loger tantôt sous les toits, tantôt sur la cour.

En réalité, on ne connaît guère en lui que le virtuose ; et pourtant, malgré ses tournées triomphales à Prague, à Pesth, à Berlin d’où il a rapporté une tabatière en or, cadeau du roi de Prusse, malgré l’effroi qu’inspire à ses rivaux son prodigieux talent de pianiste : « C’est un démon », disait l’abbé Gélinek, « il nous fera mordre la poussière à tous ! » malgré tout cela, on cause, on rit,