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plutôt qu’à celui du prince. On assistera à ses ébats sportifs sur le cheval que lui a offert le général de Browne ; une comtesse de Thun, mère des « trois grâces », se mettra à ses genoux pour le décider à s’asseoir au piano ; on excusera ses brusqueries qui lui font casser des faïences ou estropier des meubles ; le baron Pasqualati, dont il devait chanter si splendidement la douleur, supportera ses caprices de locataire : percements de murailles, ablutions désastreuses pour les parquets. Beethoven aura des villégiatures d’été, il s’y transportera à grands frais avec son piano à queue et toutes sortes d’objets encombrants comme cages à poulets, etc. L’impératrice, à qui il dédiera son Septuor, assistera à ses concerts ; il deviendra enfin le commensal de l’archiduc Charles, le professeur et l’ami du plus jeune frère de l’Empereur, le « cher petit archiduc » Rodolphe.

Mais, pour le moment, notre héros transplanté à Vienne, n’en est pas encore là ; il figure un peu le grand homme de province dans la capitale, tel, Lucien de Rubempré, avec, hélas ! la beauté en moins. Il est toujours aussi ébouriffé. Sa petite taille, sa figure rougeaude, grêlée, son air bourru, son accent des bords du Rhin qui fait sourire, sa mise négligée, arrachent à son ancienne camarade de Bonn, l’actrice Magdalena Willmann, ce cri du cœur : « Je ne veux pas l’épouser, il est trop laid et à demi toqué ! »

N’étaient ses yeux, dont l’expression inoubliable illumine son visage, l’homme n’aurait, certes, rien de séduisant. Cependant, il suffit de le connaître pour l’aimer ; sa brusquerie cache un cœur d’or. Après la mort de son père, il aidera ses frères à se caser, l’un comme fonctionnaire à Vienne, l’autre comme phar-