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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/15

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jeune Louis épanchera la première affliction de son cœur, de ce « cœur ou tout résonne [1] ».

Dans un coin de la chambre, un moine porte la plus grande attention au concert de famille. C’est un organiste, le Père Hanzmann, qui ne manque jamais d’y assister. Lui et le frère franciscain Willibald Koch se partageront l’honneur d’avoir été les premiers maîtres d’orgue de Beethoven.

Enfin, par derrière, un grand bel homme au visage allongé, au regard un peu sévère, une perruque poudrée sur la tête. C’est le père.

Voilà le tableau que nous a laisse le bonhomme Fischer [2], boulanger de la famille et fournisseur de la corporation des musiciens, qui, en cette qualité, était parfois invité à se joindre aux amis. Tableau bien différent, on l’avouera, de celui que nous ont présenté des romantiques un peu trop atteints de la passion du malheur. Au lieu d’un Beethoven rudoyé, battu, toujours en larmes, on voit un enfant énergiquement poussé au travail par son père qui reconnaissait ses grandes facultés et qui, par un orgueil bien pardonnable, le produisait dans un concert en le rajeunissant.

C’était, à la vérité, un enfant rêveur ; les voisins qui venaient l’écouter sous la fenêtre avaient pu le voir souvent, perdu dans la contemplation du grand Rhin et des Sept Montagnes. Mais, à part cela, il avait le loisir et le goût des jeux de son âge, décrochant les

  1. Tous les passages contenus entre guillemets sont des citations authentiques de paroles ou d’écrits de Beethoven, sauf indication d’une autre provenance.
  2. Voy. le manuscrit de Fischer, au Beethovenhaus de Bonn, et Thayer-Deiters, t. I 2e éd., p. 117-125, et Sup., VII, p. 415-448.