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On y croit, certes, mais la musique demeure impuissante à y attacher une quelconque expression. Alors, si l’on ne se soucie pas d’en faire le sujet d’un air de coupe conventionnelle (ainsi s’en est tiré J.-S. Bach), force est bien d’y employer la psalmodie. Ainsi ont procédé presque tous les compositeurs de messes et Beethoven ne fait pas ici exception.

Dans le Sanctus, Beethoven, respectueux de la liturgie catholique et sachant que, durant le mystère de la Consécration, nulle voix ne doit se faire entendre, Beethoven est parvenu, par la puissance de son génie, à sublimer le silence. Ce Prœludium, qui laisse à l’officiant le temps de consacrer le pain et le vin, est, à notre sens, une inspiration infiniment plus haute de pensée que le charmant concerto de violon et de voix qui le suit. Ce Prœludium est de tous points admirable ! Voilà vraiment du grand art religieux… et obtenu avec des moyens si simples qu’on en resterait étonné, si l’enthousiasme ne l’emportait pas ici sur l’étonnement.

Arrivons enfin à l’Agnus Dei, qui serait la page la plus belle et la plus géniale de l’œuvre, s’il n’y avait pas, auparavant, le Credo.

C’est dans cette pièce et dans le prélude pour la Consécration, que le sentiment religieux de Beethoven apparaît le plus clairement. Tout le long début, où l’humanité implore la miséricorde de l’Agneau divin, est d’une beauté encore inégalée dans l’histoire musicale. En l’examinant attentivement, on découvrira combien cette imploration latine, c’est-à-dire douée de l’effusion particulièrement catholique, est différente de la prière grecque du Kyrie, prière plus ordonnée, il est vrai, à la manière de l’art antique, mais moins affectueuse et