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Comment — même si l’auteur n’avait pas pris la peine de nous le dire clairement — comment oser prétendre que toute cette Messe n’est pas un ardent acte de foi, que ce Credo ne dit pas à toutes les pages : « Je crois, non pas seulement à une vague divinité, mais au Dieu de l’Évangile et aux mystères de l’Incarnation, de la Rédemption et de la Vie Éternelle ? » Comment nier la pénétrante émotion — si nouvelle en musique — qui accompagne ces affirmations, et qui n’est due qu’à l’intelligence catholique de ces dogmes et de ces mystères ? Comment enfin méconnaître le soin, pieusement méticuleux, avec lequel les paroles sacrées sont traitées et traduites en musique, et l’entente merveilleuse des accents expressifs qui en dévoilent la signification à ceux qui savent et qui veulent comprendre ? Il suffit, au reste, de connaître et de sentir pour être convaincu. Nous allons tâcher de faire faire cette connaissance au lecteur, avec l’espoir d’éveiller chez lui ce sentiment de Beauté et de Vérité que réclamait Beethoven lui-même, lorsqu’il écrivait à Streicher : « Mon principal dessein, en travaillant à la Messe, était de faire naître le sentiment religieux chez les chanteurs comme chez les auditeurs, et de rendre ce sentiment durable. »

Dès l’entrée du Kyrie, on éprouve une impression de grandeur qui n’a d’égale que celle donnée par l’entrée similaire dans la Grand’messe de Bach. C’est le genre humain tout entier qui implore la miséricorde divine. Bientôt la tonalité s’infléchit vers le relatif mineur ; une sorte de marche pénible nous montre le Fils de Dieu descendu sur la terre ; mais le mot : Christe, établi sur la même musique que : Kyrie, symbolise l’identité des deux personnes en un seul Dieu, tandis que le troisième