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de Palestrina. Il est même hors de doute qu’il doit à la connaissance des maîtres du contrepoint vocal cette entente, nouvelle chez lui, du style polyphonique dont sont rehaussées toutes ses dernières œuvres. On ne saurait donc s’étonner que ce « Chant de reconnaissance en mode lydien » soit établi en sixième mode grégorien. Le morceau a la coupe d’un lied en cinq sections. L’hymne s’expose d’abord, en cinq périodes séparées chacune par un intermède instrumental ; puis, vient un épisode où, comme dans l’œuvre 110, le malade « sent de nouvelles forces » ; deuxième exposition de l’hymne, mais linéairement cette fois, et autour de cette ligne, le thème orchestral, primitivement rigide, se mouvemente et s’émeut. Après un nouvel épisode de forces renaissantes, l’hymne chante une troisième fois, mais ici, il apparaît fragmenté et laisse tout l’intérêt au thème instrumental que l’auteur désire être dit « con infimissimo sentimento ». Ce thème devient alors le vrai cantique de l’âme reconnaissante, tandis que la mélodie de l’hymne s’envole vers de plus hautes régions. Et c’est de la pure beauté ! — Une marche presque militaire, rude contraste, nous ramène sur la terre, et un récitatif vient donner l’essor au finale, plein de joie, écrit dans la vieille forme du rondeau, ressuscitée pour la circonstance. De ce finale a jailli toute la veine mélodique de Mendelssohn ; mais autant la phrase du titan de Bonn est expressive et touchante, autant les idées de l’aimable et correct Berlinois, qui dérivent cependant, en leur essence, de cette phrase, paraissent froides et dépourvues d’émotion.

Le XVIe Quatuor, op. 135 (1826), est rempli de