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C’est donc bien en s’appuyant sur les formes traditionnelles et en les identifiant à sa pensée intérieure que ce prétendu révolutionnaire a pu si puissamment contribuer au progrès de son art. Et ici, nous prenons le mot progrés dans son sens étymologique : progressus, marche en avant dans la voie saine et sûre déjà ouverte par les grands aînés, et non pas dans le sens, qu’on semble actuellement vouloir lui attacher, de recherche du nouveau quand même par les moyens les plus dénués de logique et d’harmonie. « Le nouveau, l’original », disait Beethoven, « s’engendrent d’eux-mêmes sans « qu’on y pense. »

Toutes les productions de cette admirable période seraient à examiner dans le détail. À ceux qui sont épris d’Art, cette étude ne pourra que procurer des joies ineffables. Faute de place, nous ne nous arrêterons que sur quelques œuvres, nous bornant à indiquer le caractère spécial à chacune des autres. Mais, avant de procéder à cet examen, il importe de mettre en lumière un état d’esprit qui, resté pour ainsi dire en puissance chez l’auteur de la IXe symphonie, pendant toute la seconde période, prend, au cours de la troisième, une importance telle qu’il eût pu servir de point de départ à une nouvelle transformation, à un quatrième style, si la mort n’était venue, prématurément, couper court à une carrière déjà si remplie.

Nous voulons parler du sentiment religieux.

Catholique de race et d’éducation, Beethoven reste en sa vie et en ses œuvres un croyant. Il croit en un Dieu qui prescrit de « s’aimer les uns les autres », de « pardonner les injures », en un Dieu qu’il « n’a cessé