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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/114

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Voilà la cause véritable du changement de style auquel nous devons la Messe et la IXe Symphonie.

Après le congrès de Vienne, nous observons, non sans surprise, une sorte de temps d’arrêt dans la production de ce fécond génie. La Gazette musicale n’a pas tout à fait tort, il compose peu : deux sonates seulement pour toute l’année 1815, une seule en 1816. En 1818, rien autre chose que quelques lieder et une esquisse pour quintette à cordes. Que se passe-t-il donc ? — On pourrait alléguer les soucis causés par l’éducation de son neveu, ses interminables procès, les mémoires juridiques qu’il tient à rédiger lui-même… Mais n’avons-nous pas constaté que ni les voyages, ni les mille détails de la vie extérieure, ni l’amour même dans le paroxysme de la passion, n’ont réussi jusqu’ici à arrêter chez Beethoven le cours exubérant de la production ?… La vraie raison de ce silence, c’est que pendant ces trois années où il se voit en quelque sorte forcé de vivre en lui-même, Beethoven réfléchit… Ainsi fera Richard Wagner, à l’aube de sa troisième manière. Et le résultat de cette longue réflexion sera que l’auteur de la sonate, op. 57, du VIIe quatuor, de la VIe symphonie, aura alors — et alors seulement — conscience de savoir composer !

Il le déclare à plusieurs reprises, à propos, par exemple, de l’op. 106 : « Ce que j’écris maintenant ne ressemble pas à ce que je faisais autrefois ; c’est un peu meilleur… » — À l’Anglais Potter, qui lui parlait, en 1817, à Nüssdorf, de l’ébouriffant succès du Septuor, Beethoven répond : « En ce temps-là, je n’entendais rien à la composition ; maintenant, je sais composer ! »