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Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/106

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sait, mais que les allégories de Bernard avaient déformé, il préférera le poème de Saül et David, où la même idée est traitée plus simplement, plus synthétiquement. Nous savons par Holz dont l’esprit caustique avait su prendre de l’influence sur le maître aux dépens de Schindler, qu’il en avait entièrement combiné le plan dans sa tête. Un double cœur, à l’instar de la tragédie grecque, devait tantôt participer à l’action, tantôt lui servir de commentaire, et l’emploi des vieux modes grégoriens y eût indiqué aux musiciens une voie nouvelle.

Hélas ! pas plus que la Xe symphonie, pas plus que le Requiem ou le Te Deum projetés au sortir d’une grand’messe à Saint-Charles, l’oratorio ne devait arriver jusqu’à nous. Après tant d’autres joies, cette dernière joie allait échapper à Beethoven.

Il revenait d’un séjour chez son frère, l’ex-pharmacien, qui lui avait fait, avec beaucoup de cordialité, les honneurs de sa nouvelle propriété de Wasserhof. En rentrant à Vienne, Beethoven avait ressenti un grand frisson et s’était mis au lit. Il ne devait plus se relever.

Adieu les projets de voyage au pays de Palestrina et dans cette Provence « où les femmes ont le type de Vénus et le parler si doux ». Adieu le Pactole anglais ; adieu le rêve d’une « calme vieillesse au sein d’une petite Cour, où l’on pourrait écrire à la gloire du Tout-Puissant », avant de s’éteindre « comme un vieil enfant » entre les portraits des maîtres qu’on a aimés. — Beethoven n’aura pas « d’espace à soi », de modeste maison, comme il l’avait souhaité. Même les plans d’avenir qu’il formait pour son Charles, il y devra renoncer. Son neveu est aujourd’hui simple cadet au