Page:D’Indy - Beethoven, Laurens.djvu/105

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui a vendu ses livres pour entendre Fidelio et auquel Beethoven reconnaîtra « l’étincelle divine ». Freudenberg, l’organiste, qui recueille sa pensée sur Palestrina et la musique d’église, le fabricant de harpes Stumpff, auquel il prédit : « Bach revivra lorsqu’on se remettra à l’étudier… », et tant d’autres.

À tous il apparaît jovial, fécond en calembredaines musicales ou autres ; s’il critique la politique, l’empereur, la cuisine, les Français, le goût viennois… c’est sans amertume, et, comme le dit Rochlitz : « Tout finit par un bon mot. »

En ce moment, il est tout entier à sa joie d’avoir à composer trois quatuors, commande du prince Galitzin, dont le paiement lui assurera son pain de tous les jours, mais que le grand seigneur russe, frappé par une succession de revers, ne devait malheureusement pas rembourser à temps. « Si ma situation n’était pas précisément de n’en avoir point, je n’écrirais plus que des symphonies et de la musique d’église, tout au plus des quatuors, » répond-il aux éditeurs, à son frère, aux amis qui le pressent de composer un opéra, « seul travail rémunérateur ». Il est assailli par une nuée de gens de lettres, poètes, poétesses, librettistes : Grillparzer, Sporschill, la majoresse Neumann. On va jusqu’à lui proposer d’écrire une ouverture pour la synagogue : « Ce serait la forte somme ! », déclare le neveu Charles. Mais Beethoven ne les écoute pas. Sa pensée est ailleurs.

À quoi bon des livrets romantiques comme Mélusine ou d’insipides aventures historiques ? Le but de l’artiste n’est-il pas de servir à sa manière et de montrer l’homme aux prises avec l’éternel conflit du bien et du mal ? À la Victoire de la Croix, cet oratorio dont le sujet lui plai-