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Gazette musicale universelle, toujours perspicaces [1], écrivent : « Beethoven n’est plus occupé qu’à des bagatelles ; il semble devenu tout à fait impuissant à écrire de grandes œuvres. » Lui-même allait se charger de « rassurer ses amis sur son état mental ». Depuis quelque temps, on le voit s’enfermer dans la bibliothèque de l’archiduc, cette collection unique de musique ancienne [2] qu’il avait contribué lui-même à enrichir du fonds Birkenstock ; il passe des heures entières penché sur les motets de Palestrina, copiés en partition ou sur les livres d’offices grégoriens. Beethoven va-t-il se faire chantre ? Assurément : chantre des louanges de Dieu.

« Pour écrire de vraie musique religieuse », note-t-il, « consulter les chorals des moines, étudier les anciens psaumes et chants catholiques dans leur véritable prosodie. » Et, à Monseigneur, il écrit : « L’essentiel est d’arriver à la fusion des styles… ce à quoi les anciens peuvent nous servir doublement, ayant eu, pour la plupart, une réelle valeur artistique (quant au génie, seuls, l’Allemand Hændel et Sébastien Bach en ont eu)… et, si, nous autres modernes, ne sommes pas encore aussi avancés que nos ancêtres pour la solidité, le raffinement des mœurs a pourtant élargi chez nous certains points de vue. » Et cette pensée d’une tradition élargie prend corps dans l’œuvre qui sera la Messe en ré.

Beethoven a appris que l’archiduc doit être intronisé archevêque d’Olmütz le 9 mars 1820 : il se propose de

  1. Il faut mettre à part le célèbre critique musicien Hoffmann dont l’intelligente sympathie mérita de Beethoven ce compliment « qu’elle lui avait fait grand bien ».
  2. Le Rudolfinum, actuellement propriété du Conservatoire de Vienne.