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les Cloîtres ont produits, qui ſemblent avoir pris plaiſir à s’aheurter contre le Bon-Sens. Ils ont deſhonoré la Religion dans leurs Ecrits, en voulant l’illuſtrer. Les Hiſtoires de certains Ordres, les Vies particulieres de bien des Saints, ſont écrites, au Jugement d’un grand Evêque[1], avec moins de Gravité, que celles des Philoſophes Païens compoſées par Diogene Laërce. Les Légendes de bien des Saints paroiſſent moins ſenſées, que les Contes des Fées les plus ridicules.

Je ne crois pas qu’on puiſſe tranſmettre à la Poſtérité de Puérilitez égales à celles qu’on lit dans les Conformitez de St. François avec Jéſus Chriſt. Ce Saint avoit des Converſations fort particulieres avec la plûpart des Animaux : il entendoit leur Langage ; & ils comprenoient le ſien. Un jour, voulant dire ſon Office, & en étant détourné par le Chant des Hirondelles, il leur fit un petit Compliment fort bien tourné. Mes Sœurs les Hirondelles, leur dit-il, il eſt tems que je parle, car vous avez aſſez dit. Taiſez-vous, juſques à ce que la Parole de Notre

  1. Melchior Cano, Evêque des Canaries.