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jusqu’ici me donner tant de marques, ne vous prévienne un peu en ma faveur. Pour moi, je vois dans mon ouvrage bien des choses qui manquent ; heureux si je pouvais y suppléer, comme c’est mon dessein, dans les articles dont je suis chargé pour l’Encyclopédie, et où je me propose de traiter plus à fond un grand nombre de matières que les bornes d’un discours préliminaire ne m’ont permis que d’effleurer. Rien ne serait plus flatteur pour moi que de continuer à mériter votre suffrage ; j’ose dire que j’en suis au moins digne par l’attachement sincère que j’ai pour vous, et par la reconnaissance dont je suis pénétré pour toutes vos bontés, et dont je souhaiterais pouvoir vous donner des marques. C’est avec ces sentiments que j’ai l’honneur d’être, etc.


AU MARQUIS D’ARGENSON.


Monsieur, les savants et les écrivains célèbres qui vous approchent en si grand nombre applaudiront à l’hommage que je vous rends. Le respect qu’ils vous témoignent est d’autant plus sincère, que l’attachement en est le principe, et d’autant plus juste, que vous ne pensez pas à l’exiger. Vous devez, monsieur, un sentiment si flatteur et si vrai, à cette familiarité sans orgueil avec laquelle vous accueillez les talents, et qui seule peut rendre la société des grands et des gens de lettres également digne des uns et des autres. Votre commerce, utile et agréable par une étendue de connaissances qui vous assurent le suffrage de la partie la plus éclairée de notre nation, est encore, pour tous ceux qui vous environnent, une leçon continuelle de modestie, de candeur, d’amour du bien public, et de toutes les vertus que notre siècle se contente d’estimer. Philosophe enfin dans vos sentiments et dans votre conduite, vous joignez à cette qualité trop rare et qui en renferme tant d’autres, le mérite plus rare encore de l’avoir sans ostentation. Puisse votre exemple, monsieur, et celui de votre illustre maison, apprendre à la plupart de nos Mécènes, trop multipliés aujourd’hui pour la gloire et le bien des lettres, que le vrai moyen d’honorer le mérite en le protégeant, est de s’honorer soi-même par la manière dont on le distingue !

Je suis avec respect, etc.


AU MÊME.


Monsieur, je vous dois sans doute des excuses d’oser vous dédier cet ouvrage sans vous en avoir demandé la permission ;