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VOLTAIRE,
OU
LE POUVOIR DE LA PHILOSOPHIE.



Où vont ces pélerins d’un faux zèle égarés,
De coquilles, d’agnus pieusement parés ?
Où portent-ils leurs vœux et leur crédule hommage ?
Les uns sur l’Apennin s’ouvrent un lent passage ;
D’autres, plus courageux, de leurs sacrés bourdons,
Pour conquérir le ciel, heurtent ces vieux glaçons
Que fondit Annibal lorsqu’à Rome alarmée
Sur des rocs amollis il guida son armée :
Ceux-ci dans Loretto d’un pied religieux
Foulent ce beau parvis qui descendit des cieux ;
Pour Antoine ceux-là désertant leur famille,
À ce saint dans Padoue apportent leur béquille.
Je n’irai point blâmer cet usage sacré,
Des Indiens, des Turcs en tout temps révéré.
Si des chrétiens je passe à ces peuples profanes,
Je vois des pélerins marcher par caravanes :
Les uns dans le Tibet courent fêter Lama,
D’autres des bords du Gange accourent pour Brama ;
Et d’heureux Musulmans viennent des murs du Caire
Au tombeau du prophète acheter un suaire.

Si tout homme ici-bas voyage pour des saints,
Si les cultes divers ont tous leurs pélerins,