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Page:Démosthène - Œuvres complètes, Auger, 1820, tome 6.djvu/77

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dix vaisseaux, peut-être eût-il été accusé de trahison ; et, supposé qu’on l’eût jugé coupable, il eût été proscrit sans retour. Mais (vous le voyez d’après le mémoire) il a conquis seize villes, pris soixante et dix vaisseaux, fait trois mille prisonniers, remis au trésor cent dix talens, remporté une foule de victoires éclatantes ; et vous pourriez, après cela, révoquer quelqu’une des faveurs que lui ont obtenues ces exploits ! Il les mérita, ces faveurs, autant pour s’être consacré à votre service, pendant tout le cours de sa vie, que par la fin honorable de cette même vie qu’il vous a sacrifiée. Vous devez donc être favorables au fils, nonseulement pour les actions qu’a faites le père, lorsqu’il vivait, mais, de plus, pour le genre de mort qui nous l’a enlevé. Craignez, Athéniens, craignez de vous laisser vaincre en reconnaissance par les habitans de Chio. Lors même que Chabrias venait attaquer leur ville [24], ceux-ci ne songèrent à révoquer aucune des grâces qu’ils lui avaient accordées précédemment, ils eurent plus d’égard à des bienfaits anciens, qu’à des offenses présentes ; et vous, pour qui il est mort en combattant contre eux, au lieu d’ajouter pour ce dernier service, vous retrancheriez même une partie de ce que ses services passés lui avaient mérité de votre part ! Un tel procédé ne devrait-il pas vous couvrir de honte ? Mais ce qui rendrait encore moins supportable le traitement fait au fils, si on lui retirait les