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Page:Démosthène - Œuvres complètes, Auger, 1820, tome 6.djvu/25

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sacrifiaient même leur fortune personnelle. Or, la loi que j’attaque, changerait en opprobre la réputation glorieuse dont jouit la ville d’Athènes ; elle vous déshonorerait vous et vos ancêtres, et vous dénoncerait à tous les peuples, comme coupables à la fois des trois vices les plus honteux, de jalousie, de perfidie, d’ingratitude.

Mais qu’en général il ne soit pas dans vos mœurs de confirmer une telle loi, je vais vous en convaincre par un trait de générosité propre à cette république. Les trente tyrans avaient emprunté une somme aux Lacédémoniens pour faire la guerre aux exilés qui s’étaient saisis du Pirée. Lorsque la concorde eut été ramenée dans Athènes, et que tout fut rétabli, les Lacédémoniens envoyèrent redemander leur argent. Cette demande occasionna quelques débats ; les uns disaient que c’était à ceux qui étaient alors dans la ville à payer ce qu’ils avaient emprunté ; les autres voulaient qu’on payât en commun, et qu’on donnât cette première preuve d’une réunion sincère. Le peuple, jaloux de ne violer aucun des articles du traité [3], se détermina à contribuer et à partager la dépense. Mais ne serait-il pas étrange que vous qui, pour être fidèles à vos engagemens, avez consenti à acquitter de vos propres deniers la dette des oppresseurs de votre liberté, vous ne vous fissiez aucun scrupule d’y manquer, aujourd’hui que vous pouvez, sans aucune dépense, en abolissant la loi, vous montrer