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Page:Démosthène - Œuvres complètes, Auger, 1820, tome 6.djvu/18

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en voulant que personne ne soit exempt, il dépouille des exemptions ceux qui les ont obtenues ; et, en ajoutant qu’il ne sera point permis par la suite de décerner les exemptions, il vous dépouille vous-mêmes du droit de les décerner. Or, il ne pourrait dire que, comme il enlève un privilège à ceux qui en jouissent parce qu’il ne les en croit pas dignes, il juge aussi que le peuple n’est pas digne d’accorder à qui il voudra ses bienfaits.

Il répliquera, peut-être, qu’il a porté sa loi parce que le peuple se laisse aisément tromper. Qu’esl-ce donc qui empêche, sur ce principe, qu’on ne vous dépouille de tous vos droits, et qu’on ne vous ôte absolument l’administration, puisqu’il n’estaucune partie où cet inconvénient n’ait lieu ? Plus d’une fois, en vous trompant, on vous a fait confirmer des décrets nuisibles, ou préférer des alliances moins avantageuses ; et en général, dans la multitude des affaires qui vous occupent, il n’est guère possible que vous soyez à l’abri de toute surprise. Porterons-nous donc pour cela une loi qui défende et au sénat d’adopter un décret, et au peuple de le confirmer [2] ? Je ne le pense pas. Au lieu de nous dépouiller d’un droit qu’on nous fait appliquer nial’à-propos, il serait juste de nous éclairer, pour empêcher que nous ne soyons trompés, et de nous faire porter une loi, non qui nous enlève la disposition des grâces, mais qui nous autorise à punir celui qui nous trompe.