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Page:Démosthène - Œuvres complètes, Auger, 1820, tome 6.djvu/102

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Que si on attaque tous les tems sans distinction, je plaindrai le sort d’Athènes qui, jusqu’à ce jour, n’a pu trouver un seul citoyen digne d’obtenir des grâces. Avoue-t-on qu’il y eut jadis de grands hommes, et prétend-on qu’ils ne furent pas récompensés ? c’est taxer la patrie d’ingratitude. Mais il n’en est pas ainsi ; non, il s’en faut bien. Lorsque, usant d’artifice, on rapproche des tems éloignés qui ne se ressemblent pas, on embrouille nécessairement les choses les plus claires. Voici ce qu’il y a de vrai : Athènes produisit jadis de grands hommes, et elle savait payer les services ; mais les récompenses, comme tout le reste, ont changé, et ont suivi les vicissitudes des tems. Et de quel coté est l’avantage ? Anciennement, je le puis dire, ceux qui avaient servi la république, obtenaient d’elle tout ce qu’ils pouvaient désirer. En voulez-vous une preuve ? On donna à Lysimaque [34], un des hommes utiles de ce tems-là , deux cents arpens de terre dans l’Eubée, dont cent plantés et cent labourables. On y ajouta une somme d’argent de cent mines, et une pension de quatre drachmes par jour. Tous ces détails sont consignés dans un décret d’Alcibiade, porté à ce sujet. Alors notre ville était riche en argent et en terres : aujourd’hui, pour ne rien dire de désagréable, il faut espérer qu’elle le deviendra. Au reste, je le demande, qui ne préférerait le tiers de ces gratifications aux privilèges qu’on voudrait vous faire supprimer ? Mais