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les larges épaules de Kazan. Mais, nullement effrayé, l’enfant s’agita et se contorsionna de plaisir, et tendit vers le chien-loup ses deux menottes, en émettant à son adresse un gentil baragouin.

— Kazan ! s’écria Jeanne doucement, avec un geste de bienvenue. Viens ici, Kazan !

La lueur sauvage, ardente comme du feu, qui luisait dans les prunelles de Kazan, tomba. Il s’était arrêté, une patte sur le seuil de la cabane, et semblait répugner à avancer. Puis, tout à coup, abaissant le panache de sa queue, il s’écrasa sur le sol et entra, en rampant sur son ventre, comme un chien pris en faute.

Il affectionnait les créatures qui vivaient dans la cabane. Mais la cabane elle-même, il la haïssait. Car toute cabane sentait le gourdin, le fouet et la servitude. Pour lui-même, et comme tous les chiens de traîneau, il préférait, pour dormir, aux parois d’une niche bien close, le sol couvert de neige et le toit du ciel ou des sapins.

Sous la caresse de la main de Jeanne, Kazan éprouva ce délicieux petit frisson coutumier, qui était sa récompense, lorsqu’il quittait pour la cabane Louve Grise et le Wild. Lentement il leva la tête, jusqu’à ce que son museau noir vînt se poser sur les genoux de la jeune femme. Puis il ferma béatement les yeux, tandis que la mystérieuse petite créature qu’était bébé Jeanne l’asticotait, à coups de pieds mignons, et, de ses mains menues, lui tirait ses poils rudes. Plus encore que la caresse de la jeune femme, ces jeux enfantins dont il était l’objet faisaient son bonheur.

Immobile et concentré sur lui-même, comme un sphinx, et comme pétrifié, Kazan demeurait là sans bouger, respirant à peine. Le mari de Jeanne n’aimait point à le voir ainsi et s’inquiétait toujours,