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il allait aussi. Chaque fois qu’il lui plaisait, elle lui volait son compagnon, qui la laissait seule rôder, toute la nuit, sous la lune et sous les étoiles. Quand ainsi la Voix la faisait veuve, elle restait fidèle cependant et, sans répondre aux cris d’appel de ses frères sauvages, attendait le retour de Kazan. Parfois, lorsque Kazan prêtait l’oreille à la Voix, elle le mordillait légèrement, pour lui témoigner son déplaisir, et grognait vers la Voix.

Or, ce jour-là, comme la Voix retentissait pour la troisième fois, Louve Grise, au lieu de s’attacher à Kazan et de tenter de le retenir, lui tourna soudain le dos et se tapit au fond de sa tanière.

Elle s’y coucha, et Kazan ne vit plus, dans l’obscurité, que ses deux yeux qui flamboyaient, farouches.

Il grimpa vers la pointe extrême du Sun Rock, par la piste étroite, usée sous ses griffes, et demeura indécis. Depuis la veille, un certain trouble, qu’il ne pouvait s’expliquer, était en lui. Il y avait du nouveau qui rôdait sur le Sun Rock. Il ne le voyait point, mais le sentait.

Il redescendit vers Louve Grise et passa sa tête à l’entrée de la tanière. Il fut accueilli, non par la plainte caressante coutumière, mais par un grondement menaçant, qui fit retrousser sur ses crocs les lèvres de la louve.

Pour la quatrième fois, la Voix se fit entendre et Louve Grise claqua farouchement des mâchoires. Kazan, après avoir encore hésité, se décida à descendre du Sun Rock et fila dans la direction de la cabane.

Par l’instinct de défiance du Wild, qui était en lui, il ne prévenait jamais de son arrivée, par aucun aboi. Il apparut si soudainement, et sans crier gare, que Jeanne, qui tenait son bébé dans ses bras, sursauta, en apercevant dans la porte la tête broussailleuse et