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tait. C’était cette fumée dont l’odeur était venue jusqu’à lui.

Le rivage s’élevait en pente rude et unie vers la cabane, Kazan rassembla toutes ses forces et hissa le traîneau, avec son fardeau, jusqu’à la porte. Après quoi, il s’assit à côté de Jeanne inanimée, leva le nez vers le ciel obscur, et hurla. Presque aussitôt, la porte s’ouvrit et un homme sortit de la cabane.

De ses yeux rougis par le froid et le vent, Kazan vit l’homme, poussant une exclamation de surprise, se pencher vers Jeanne, sur le traîneau. En même temps, on entendit sortir de la masse des fourrures la voix pleurnichante et à demi étouffée du bébé.

Kazan était exténué. Sa belle force s’en était allée. Ses pattes étaient écorchées et saignaient. Mais la voix de l’enfant l’emplit de joie et il se coucha tranquillement, dans son harnais, tandis que l’homme emportait mère et poupon dans la vivifiante chaleur de la cabane.

Puis l’homme reparut. Il n’était point vieux comme Pierre Radisson.

Il s’approcha de Kazan et, le regardant :

— Alors c’est toi, juste ciel ! qui, tout seul, me l’as ramenée... Mes compliments, camarade !

Il se pencha sur lui, sans crainte, et déliant les harnais, l’invita à entrer à son tour. Kazan parut hésiter. À ce moment précis, il lui avait semblé, dans la fureur du vent qui ne s’était pas apaisé, entendre la voix de Louve Grise. Il détourna la tête, puis se décida pourtant à entrer. La porte de la cabane se referma sur lui. Il alla se coucher dans un coin obscur, tandis que l’homme préparait pour Jeanne, sur le poêle, des aliments chauds.

La jeune femme, que l’homme avait étendue sur une couchette, ne revint pas immédiatement à elle.