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qu’elle parut. De son pied, chaussé de lourds mocassins, la jeune femme éparpilla les cendres et les bûches noircies. Pas une étincelle n’y était plus enclose. Elle caressa de la main la tête hirsute de Kazan.

— Pauvre Loup ! dit-elle. J’aurais dû penser à te donner hier soir, pour te tenir chaud, une de nos peaux d’ours !

Et elle revint vers la tente.

Elle rejeta en arrière la porte de toile et le blême visage de son père lui apparut en pleine lumière, Kazan entendit soudain un cri sinistre et déchirant, qui jaillissait de ses lèvres. Nul doute, en effet, n’était permis en face de Pierre Radisson.

Jeanne s’était jetée sur la poitrine de son père, avec des sanglots étouffés, si faibles que l’ouïe fine de Kazan n’arrivait pas même à les percevoir. Elle demeura là abîmée dans sa douleur, jusqu’au moment où un cri plaintif de bébé Jeanne fit sursauter en elle son énergie vitale de femme et de mère. L’heure n’était pas aux larmes, mais à l’action.

Elle se remit brusquement sur ses jambes et courut dehors. Kazan, tirant sur sa chaîne, voulut s’élancer au-devant d’elle. Mais elle n’y prêta point attention.

La solitude, dont l’épouvante est pire que celle de la mort, était sur elle. En une seconde, elle en avait eu la conscience. Et cette peur n’était rien pour elle-même ; elle était toute pour l’enfant. Les gémissements de l’infortunée petite créature, qui de la tente venaient vers elle, lui entraient au cœur comme autant de lames de poignards.

Puis elle se souvint soudain de tout ce que Pierre Radisson lui avait dit au cours de la nuit précédente : le fleuve qu’il fallait atteindre à tout prix, les poches d’air à éviter sur la glace, la cabane à quinze milles… « Jeanne, tu ne peux pas te perdre », avait-il insisté. Il avait prévu sans nui doute ce qui arrivait.