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Le soir, le campement fut établi comme de coutume et Pierre Radîsson passa encore une partie de la nuit à veiller près du feu. Mais il ne fumait pas. Fixement il regardait les flammes. Quand, enfin, il se décida à rejoindre Jeanne sous la tente, il se pencha vers Kazan et examina ses blessures.

— Tu vas mieux, petit, lui dit-il, et les forces te sont revenues. Il faudra, demain, endosser le harnais et me donner un coup d’aide. Demain soir nous devrons avoir atteint le fleuve. Sinon…

Il n’acheva pas sa phrase et refoula la toux qui lui déchirait la poitrine, puis entra sous la tente. Kazan était demeuré vigilant et les oreilles raides, les yeux emplis d’anxiété. Il n’avait pas aimé que Pierre pénétrât sous la toile. Car, plus que jamais, la mort mystérieuse semblait voltiger autour de cet homme.

Trois fois, au cours de la nuit, il entendit Louve Grise réitérer ses appels, et il ne put se défendre de lui répondre. Comme la veille elle revint, à l’aube, jusqu’auprès du campement. Elle était dans le vent et Kazan flaira son odeur. Il tira sur son attache et pleura, espérant que sa compagne aurait pitié de lui et viendrait se coucher à son côté. Mais, à ce moment, Radisson ayant remué dans la tente et fait du bruit, Louve Grise, qui était prête à se risquer, prit la fuite.

Plus émaciée était, ce matin-là, la figure de l’homme, et plus sanguinolents étaient ses yeux. La toux était devenue moins violente. C’était comme un sifflement intérieur, qui indiquait une désagrégation de l’organisme. Et, à tous moments, Pierre portait les mains à sa poitrine.

Lorsque Jeanne aperçut son père, dans le petit jour, elle pâlit. L’inquiétude, en ses yeux, fit place à l’effroi. Elle jeta ses bras autour du cou de Pierre,