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Le jour n’était point parvenu à dissiper le malaise qu’éprouvait Kazan. Il était libre des hommes et rien n’était plus autour de lui qui lui rappelât leur présence haïe. Mais la société des autres chiens, le feu, la nourriture toute préparée et jusqu’au traîneau coutumier, toutes ces choses qui avaient, de tout temps, fait partie intégrante de sa vie, lui manquaient. Il se sentait seul.

Ces regrets étaient ceux du chien. Mais le loup réagissait. Il disait au chien que, quelque part, dans ce monde silencieux, il y avait des frères et que, pour les faire accourir, il lui fallait s’asseoir sur son derrière et hurler au loin sa solitude. Plusieurs fois, Kazan sentit l’appel trembler dans sa poitrine et dans sa gorge, sans réussir complètement à l’exhaler.

La nourriture lui vint plus rapidement que la voix. Vers le milieu du jour, il accula contre une souche d’arbre un gros lapin blanc et le tua. La chair chaude et le sang rouge étaient meilleurs que le poisson gelé et que le suif coutumiers, et la succulence de ce nouveau repas ranima sa confiance.

Au cours de l’après-midi, il pourchassa plusieurs autres lapins et en tua encore deux. Il avait ignoré jusqu’à ce jour le plaisir de la chasse et celui de tuer du gibier autant qu’il lui plaisait, quoiqu’il n’eût point mangé tout ce qu’il avait tué.

Puis, il trouva que les lapins mouraient trop aisément. Il n’y avait point combat. Les lapins étaient très frais et très tendres quand on avait faim, mais la joie de la victoire était minime. Il se mit donc en quête d’un gibier plus important.

Il marchait ouvertement et sans songer à se dissimuler, la tête haute, le dos hérissé. Sa queue touffue se balançait librement, comme celle d’un loup. Tout son corps frémissait de l’énergie de vivre et du désir de l’action. Instinctivement, il avait pris la direction