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IV

LIBRE DU SERVAGE

Le vent gémissait plaintivement sur le faîte des sapins et, durant une partie de la nuit, Kazan erra dans le mystère de la forêt.

Puis il se rapprocha à nouveau du campement et, sans s’avancer hors de la protection des arbres, il se coucha, tout grelottant, dans la neige épaisse, en fixant la tente où la chose terrible s’était accomplie.

Il flairait la mort dans l’air, la mort qui par lui était venue. Et les trois quarts de chien qu’il y avait en lui pleurnichaient douloureusement, tandis que le quart de loup se hérissait encore, le regard hostile, les crocs découverts et prêts à mordre.

Par trois fois, il vit Thorpe, chancelant et le front bandé, sortir de la tente, et qui criait fortement :

— Kazan ! Kazan ! Kazan !

Isabelle était, les trois fois, aux côtés de Thorpe. À la lueur du foyer, Kazan pouvait l’apercevoir, telle qu’elle était lorsqu’il avait bondi vers elle pour la défendre et avait tué l’homme. Elle était pâle encore, pâle comme la neige, du péril couru, et la terreur ne s’était pas complètement enfuie de ses yeux bleus. Elle aussi appelait :

— Kazan ! Kazan ! Kazan !

Alors le chien semblait l’emporter sur le loup et, avec un frisson heureux, il rampait un peu de l’avant,