Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/34

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prêt à réitérer, si c’était nécessaire, Kazan s’assit tout contre le lit. Pourquoi, se demandait-il, la jeune femme était-elle immobile ainsi ? Elle s’agita enfin ses yeux s’ouvrirent et sa main le toucha. Dehors, des pas firent craquer la neige. Le chien-loup courut vers la porte de la tente. À la lueur du feu, il vit Thorpe qui s’avançait dans la nuit, à pas lents, appuyé sur un béton, titubant de faiblesse et le visage rouge de sang.

À l’aspect du bâton, Kazan eut un frémissement d’effroi. Qu’allait dire le maître, en s’apercevant qu’il avait fait du mal à Mac Cready ? Sans doute il serait battu à nouveau, et terriblement.

Rapidement, il s’esquiva dans l’ombre et gagna les sapins. Là, il se retourna et une sourde plainte, de douleur et d’amour, monta et mourut dans sa gorge. Depuis ce qu’il avait fait, toujours, désormais, il serait battu, battu sans trêve. Et, pour le punir, même elle le battrait. S’il demeurait ici plus longtemps, ils courraient après lui et, après l’avoir rattrapé, le battraient.

Loin du feu, le chien-loup détourna la tête vers les profondeurs de la forêt. Il n’y avait, dans ces ténèbres, ni gourdin, ni bâton, ni cuisantes lanières. Jamais on ne l’y retrouverait.

Il parut hésiter, un instant encore. Puis, muettement, comme eût fait une de ces créatures sauvages vers lesquelles il s’en retournait, il s’enfonça dans le noir.