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se mit en quête d’autres « peignes ». Elle en trouva suffisamment pour rassasier sa faim. En sorte qu’elle demeura là durant trois autres jours.

Puis, une nuit, un appel soudain sonna dans l’air, qui l’agita d’une émotion étrange. Elle se leva et, en proie à un tremblement de tous ses membres, elle trottina de long en large sur le sable, tantôt faisant face au nord, et tantôt au sud, puis à l’est et à l’ouest. La tête rejetée en l’air, elle aspirait et écoutait, comme si elle cherchait à préciser de quel point de l’horizon arrivait l’appel mystérieux.

Cet appel venait de loin, de bien loin, par-dessus le Wilderness. Il venait du Sun Rock, où elle avait si longtemps gîté avec Kazan, du Sun Rock où elle avait perdu la vue et où les ténèbres qui l’enveloppaient maintenant avaient, pour la première fois, pesé sur ses paupières. C’est vers cet endroit lointain, où elle avait fini de voir la lumière et la vie, où le soleil avait cessé de lui apparaître dans le ciel bleu, et les étoiles et la lune dans la nuit pure, que, dans sa détresse et son désespoir, elle reportait tout à coup sa pensée. Là, sûrement, s’imaginait-elle, devait être Kazan. Alors, affrontant sa cécité et la faim, et tous les obstacles qui se dressaient devant elle, tous les dangers qui la menaçaient, elle partit, abandonnant le fleuve. À deux cents milles de distance était le Sun Rock, et ç’était vers lui qu’elle allait.